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Alep, grande ville du nord de la Syrie, entre quartiers anciens et reconstruction

Alep, grande ville du nord de la Syrie, entre quartiers anciens et reconstruction

Habitée sans interruption depuis plus de quatre mille ans, Alep est la grande ville du nord de la Syrie, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1986. Défigurée par la bataille de 2012-2016, l'ancienne capitale économique du pays reconstruit lentement sa vieille ville et sa vie quotidienne.

Où
Au nord-ouest de la Syrie, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière turque, sur un plateau entre l'Oronte et l'Euphrate.
Ce qui la distingue
Une citadelle sur un tertre artificiel, un souk couvert parmi les plus vastes du Proche-Orient et des quartiers communautaires restés lisibles dans le tissu urbain.
Où elle en est
Une ville martyre en reconstruction, frappée par la guerre puis par le séisme de février 2023, passée sous un nouveau pouvoir après décembre 2024.

Où se trouve Alep et pourquoi une ville y a prospéré

Alep, Halab en arabe, s'étend sur un plateau calcaire du nord de la Syrie, à environ 350 kilomètres au nord de Damas. Sa position explique sa fortune : la ville se tient au débouché des routes caravanières qui reliaient la Méditerranée à la Mésopotamie, à mi-chemin entre la côte d'Antioche et la vallée de l'Euphrate. Pendant des siècles, les marchandises venues de Perse, d'Inde et d'Anatolie passaient par ses khans avant de gagner les ports du Levant.

Le site est occupé depuis le troisième millénaire avant notre ère : le nom de Halab figure déjà sur les tablettes d'Ebla et de Mari. L'archéologie a confirmé cette ancienneté sur le tertre de la citadelle, où une mission syro-allemande a dégagé à partir de 1996 le temple du dieu de l'orage, dont les reliefs de basalte remontent au deuxième millénaire. Pour remonter le fil de ces cinq mille ans de civilisation syrienne, des Hittites aux Mamelouks, il faut partir de ce tertre, cœur politique et religieux de la cité.

Avant le conflit, l'agglomération comptait un peu plus de deux millions d'habitants au recensement de 2004, ce qui en faisait la plus grande agglomération du pays, devant la capitale. Elle est aussi le chef-lieu du gouvernorat d'Alep, qui s'étend jusqu'à la frontière turque au nord et jusqu'au lac Assad à l'est.

Les quartiers de la vieille ville et de la ville moderne

La vieille ville d'Alep forme un ensemble ceint de remparts percés de portes, Bab Antakya, Bab Qinnasrin ou Bab al-Faraj, dont les fortifications datent pour l'essentiel des époques ayyoubide et mamelouke. En son centre, la citadelle domine le souk al-Madina, réseau de galeries voûtées long d'une douzaine de kilomètres qui rayonne depuis la grande mosquée des Omeyyades. Chaque rue y avait sa spécialité : tissus, épices, cuivre, et ce savon à l'huile d'olive et de laurier qui a porté le nom de la cité jusqu'en Europe.

Au nord, le quartier de Jdeideh rassemblait les communautés chrétiennes, arméniennes et maronites notamment, dans des maisons à cour intérieure des XVIIe et XVIIIe siècles. La ville moderne s'est développée à l'ouest à partir de la fin du XIXe siècle, autour de la tour de l'horloge de Bab al-Faraj et des avenues de l'Aziziyeh. Au nord de la ville, le quartier de Cheikh Maqsoud est majoritairement kurde ; à l'est et au sud, Hanano ou Salaheddine sont des quartiers populaires construits dans la seconde moitié du XXe siècle.

Une architecture médiévale entre madrasa, hammam et caravansérail

L'enceinte d'Alep protège l'un des ensembles de monuments médiévaux les plus denses du monde arabe. Après la période byzantine, dont subsistent des vestiges comme la basilique de Saint-Siméon à une trentaine de kilomètres au nord-ouest, dans la même province, la cité devient au XIIe siècle une place forte face aux croisés. Nur ad-Din puis Saladin et ses successeurs ayyoubides y multiplient les fondations : madrasa al-Firdaws, palais de la citadelle, mausolées. Les Mamelouks ajoutent le hammam Yalbougha, bain public restauré dans les années 1980, et des caravansérails à cour carrée où les négociants entreposaient leurs ballots.

Hors les murs, les faubourgs chrétiens et musulmans se sont greffés sur les routes d'arrivée des caravanes. Cette architecture de pierre calcaire, la régularité des cours et des iwans, les décors de bois peint des demeures de notables expliquent que l'UNESCO ait reconnu dans la cité un témoignage exceptionnel sur l'histoire commerciale de l'Orient et un bien appartenant à l'humanité entière. Le site archéologique de la citadelle et les monuments du souk restent les vestiges les plus visités.

D'une capitale ottomane au mandat de la France

Sous l'Empire ottoman, à partir de 1516, Alep devient l'un des premiers marchés de l'Empire. Les consuls de Venise, d'Angleterre et de France y résident, et les marchands européens logent dans les grands khans du souk. Au début du XXe siècle, le chemin de fer de Bagdad relie la ville à l'Anatolie, et la gare de Bagdad, inaugurée en 1912, en garde la trace.

Après la Première Guerre mondiale, la France reçoit le mandat sur la Syrie. Elle crée en 1920 un État d'Alep distinct, fondu en 1925 dans l'État de Syrie. Le rattachement du sandjak d'Alexandrette à la Turquie en 1939 prive ensuite Alep de son débouché maritime naturel, ce qui pèse sur son commerce pendant des décennies. La France garde de cette période des archives et des fonds photographiques sur la ville, consultés aujourd'hui par les chercheurs qui documentent le patrimoine détruit.

PériodeCe qui change pour la ville
IIIe millénaire av. J.-C.Halab cité dans les archives d'Ebla et de Mari
XIIe-XVe siècleCitadelle et remparts reconstruits sous les Ayyoubides et les Mamelouks
1516-1918Grand marché de l'Empire ottoman, consulats européens
1920-1946Mandat de la France, État d'Alep de 1920 à 1925
1986Ancienne ville d'Alep inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO
2012-2016Bataille d'Alep, ville coupée en deux puis assiégée
2023-2024Séisme du 6 février 2023, prise de la ville fin novembre 2024

Comment la bataille d'Alep a défiguré la ville

La guerre civile syrienne atteint Alep en juillet 2012. Les groupes rebelles prennent l'est de la ville, le camp loyaliste tient l'ouest, et la ligne de front traverse la vieille ville. En septembre 2012, un incendie ravage une grande partie des galeries du souk ; en avril 2013, le minaret seldjoukide de la grande mosquée, élevé en 1090, s'effondre. La même année, l'UNESCO inscrit l'ancienne ville d'Alep sur la liste du patrimoine mondial en péril.

Pendant quatre ans, la population civile vit au rythme des tirs croisés entre le régime et l'opposition armée, et la violence vide des secteurs entiers. Les districts orientaux subissent ensuite des bombardements continus, puis un siège à partir de l'été 2016. La situation humanitaire devient catastrophique et la ville assiégée tombe en décembre 2016, après l'évacuation des derniers combattants et de dizaines de milliers de civils. Un rapport publié en 2018 par l'UNESCO et l'UNITAR, fondé sur l'imagerie satellite, recense les bâtiments historiques détruits ou gravement endommagés dans la vieille ville, une part importante de l'ensemble inscrit.

La reconstruction des sites historiques et la vie quotidienne

La reconstruction commence dès 2017, inégale selon les quartiers. Dans la vieille ville, des tronçons du souk sont restaurés avec le concours de fondations comme l'Aga Khan Trust for Culture : le souk al-Saqatiyya rouvre en 2019, et d'autres galeries suivent. Les artisans qui reprennent leurs boutiques y retrouvent les métiers décrits dans notre présentation de l'artisanat d'Alep, des soieries à l'orfèvrerie. Ces initiatives culturelles restent pourtant ponctuelles face à l'ampleur des destructions.

Le séisme du 6 février 2023, centré en Turquie, frappe à nouveau la ville et fait s'effondrer des immeubles déjà fragilisés. Fin novembre 2024, une offensive rebelle prend Alep en quelques jours ; elle précède de peu la chute du gouvernement de Bachar el-Assad, le 8 décembre 2024. Depuis, une partie des habitants partis en Turquie, au Liban ou en Europe envisage le retour, mais l'électricité, l'eau et le logement manquent encore dans de nombreux quartiers.

La vie quotidienne reprend malgré tout un nouvel élan : cafés, restaurants et pâtisseries rouvrent dans les secteurs occidentaux, des associations locales assurent un soutien aux familles revenues, et les familles retrouvent les tables de mezze qui ont fait la réputation de la gastronomie aleppine.

Que voir à Alep aujourd'hui ?

Les principaux sites historiques restent la citadelle, dont la porte monumentale et le pont d'accès ont résisté, la grande mosquée des Omeyyades en restauration, les khans du souk comme le khan al-Wazir et le khan al-Gumruk, ainsi que les demeures de Jdeideh, dont certaines abritaient avant la guerre des hôtels de charme. Pour situer ces lieux dans les traditions et la culture aleppines, de la musique des qudud halabiyya aux fêtes de quartier, la visite de la vieille ville reste le meilleur point de départ.

Les conditions de voyage évoluent vite : le ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères tient à jour ses conseils aux voyageurs pour la Syrie, à consulter avant tout projet de déplacement depuis la France.

Capitale économique, classement UNESCO et autres villes de Syrie

Pourquoi Alep était-elle la capitale économique de la Syrie ?

Alep doit ce rôle à sa position sur les routes entre Méditerranée et Mésopotamie, à son souk et à son industrie textile. Avant 2011, elle concentrait une grande partie des usines du pays, en particulier dans la filature et le tissage.

La vieille ville d'Alep est-elle toujours inscrite à l'UNESCO ?

L'ancienne ville d'Alep reste inscrite au patrimoine mondial depuis 1986. Elle figure aussi, depuis 2013, sur la liste du patrimoine mondial en péril, en raison des destructions de la guerre.

Quelles sont les autres grandes villes syriennes ?

Après Alep et Damas viennent Homs, Hama et Lattaquié, port principal du pays. Alep et Damas se disputent depuis l'Antiquité le titre de plus ancienne ville habitée sans interruption.

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